ENFIN VISIBLES ! : LA COMMUNAUTÉ LITTÉRAIRE ANGLO-QUÉBECOISE
C’était un dimanche matin comme les autres pour Lori Schubert, directrice exécutive de la Quebec Writers’ Federation (QWF). Celle-ci lisait la New York Times Book Review (New Yorkaise transplantée au Québec depuis une vingtaine d’années, Schubert est restée abonnée au Times), lorsqu’elle a réalisé que trois des auteurs à la une de cette prestigieuse publication étaient des « écrivains de stature internationale ayant des liens importants » avec la communauté littéraire anglophone du Québec. C’est alors qu’une impulsion l’a saisie. « J’étais si excitée que j’ai écrit une lettre au Times en dix minutes », me confiait-elle récemment. « Je ne pensais jamais qu’ils la publieraient, mais ils l’ont fait. »

La lettre a ensuite été reproduite dans la Montreal Gazette, et Schubert ne cessait d’en entendre parler autour d’elle. Ce geste spontané de sa part témoignait non seulement de l’action qu’elle menait au sein de la QWF depuis 2003, mais aussi de l’éternelle dualité que vivent les écrivains anglophones au Québec. D’une part, écrit Schubert, nous pouvons nous enorgueillir du fait que « nombre des plus prestigieux écrivains anglophones du pays vivent et évoluent ici ». Mais d’autre part, on peut se désoler du fait que cet apport ne soit pas reconnu au sein même de la province, qui est souvent perçue par le reste du pays comme « un pur bastion de la culture francophone ».
Outre les auteurs qu’elle avait repérés dans le cahier livres du dimanche — la poète Anne Carson, l’essayiste Jaspreet Singh et le romancier débutant Miguel Syjuco — , Schubert mentionnait dans sa lettre les écrivains Yann Martel, Rawi Hage et Jeffrey Moore, respectivement lauréats des prix Booker, IMPAC Dublin et du Commonwealth, ainsi que Louise Penny, trois fois lauréate du prix Agatha pour ses histoires de meurtres campées dans les Cantons de l’Est. Schubert aurait pu ajouter à sa liste plusieurs autres auteurs œuvrant dans divers genres littéraires, tels Kate Hall, lauréate du prix Griffin 2010, Johanna Skibsrud, lauréate du prix Giller 2010, et Saleema Nawaz, laurate du prix Journey 2008. Elle aurait pu aussi mentionner les essayistes de renom Mark Abley, Taras Grescoe et Elaine Kalman Naves, ou les auteurs de littérature jeunesse Marie-Louise Gay et Monique Polak, ou encore les spoken-wordistes Ian Ferrier et Catherine Kidd.

Saleema Nawaz

Mark Abley
Photo by John Mahoney

Monique Polak
Photo by Monique Dykstra
Dans sa lettre, Schubert rappelait également les difficultés auxquelles se heurtent continuellement les écrivains anglophones du Québec ainsi que les associations qui les représentent. En bref, quand vient le temps de promouvoir la communauté littéraire anglophone du Québec, il y a toujours beaucoup à faire. Et heureusement, il y a beaucoup à faire en ce moment. Jamais, au cours des derniers vingt ans, n’avait-on eu autant le sentiment de se trouver au bon endroit au bon moment. Il faut toutefois se rappeler que si la littérature anglophone est présentement en pleine expansion au Québec, à l’image du boom littéraire qui s’est produit dans les années 1940 et 1950, il y a eu une longue période, entre cette époque et aujourd’hui, où la situation était bien différente.
De l’âge d’or au creux de la vague : la scène littéraire montréalaise des années 1940 aux années 1980.
À la fin des années 1980, Linda Leith se trouvait au mauvais endroit au bon moment. Jeune enseignante au cégep John Abbott, dans l’ouest de l’île, elle avait commencé à s’intéresser à la communauté littéraire anglophone de Montréal, qu’elle jugeait méconnue, et donnait le premier cours de littérature entièrement consacré à des auteurs anglo-montréalais. Leith avait aussi consacré trois ans à un projet de recherches subventionné par le gouvernement du Québec et portant sur la littérature et les changements sociaux. Là encore, elle se concentrait sur la communauté anglophone de Montréal. Elle occupait donc un poste d’observation privilégié lorsque, des années plus tard, la scène littéraire anglo-québécoise connut un renouveau au sein duquel elle joua d’ailleurs un rôle-clé. Mais si, à l’époque, elle était en mesure d’anticiper ce renouveau, Leith est la première à reconnaître aujourd’hui que ce n’était qu’une intuition. Une intuition qui mettrait du temps à voir le jour.
« Dans les années 1980, la communauté littéraire anglo-québécoise était à son plus bas. Certains disent que c’était une période de renaissance, eh bien, je peux dire que c’est faux, affirme Leith. Dans le cadre de mon projet de recherches, je me promenais partout avec une enregistreuse, en quête d’écrivains anglophones. Mais il fallait d’abord les dénicher, car personne ne les connaissait.
Lorsque j’annonçais à quelqu’un que j’essayais de dresser une bibliographie des romanciers anglo-montréalais — les auteurs, leurs œuvres —, on me répondait : « Des écrivains anglophones à Montréal ? Il y en a ? » Même les gens qui auraient dû être au courant — les professeurs, les éditeurs, les journalistes et les critiques, bref, toutes les sentinelles du monde littéraire — ne pouvaient en nommer un seul. Le seul nom qui revenait était celui de Mordecai Richler. Personne ne faisait allusion aux écrivains de la nouvelle génération, tels Ted Phillips, Terry Rigelhof, Trevor Ferguson, Yeshim Ternar, Robyn Sarah.

Robyn Sarah
L’universitaire Linda Leith sauta sur l’occasion : le sujet de la littérature anglophone du Québec lui appartenait. « Honnêtement, on aurait dit un continent inconnu, dont personne n’avait jamais entendu parler. » Mais elle trouvait frustrant de constater à quel point « les gens étaient sceptiques à ce sujet. C’était une situation très étrange, étant donné tout ce qui s’était passé ici. »
D’autant plus que les premiers écrivains qu’elle avait lus, tels Richler et Mavis Gallant (« j’étais particulièrement intéressée par Gallant »), appartenaient à la vague de romanciers et de poètes qui avaient fait du Québec, et particulièrement de Montréal, la capitale de la littérature canadienne- anglaise.
Il s’agit là d’un fait indiscutable, comme nous le rappelle le romancier, journaliste et cinéaste montréalais William Weintraub. Dans le livre City Unique: Montreal Days and Nights in the 1940s and 1950s, où il dresse un portrait affecteux du paysage politique et culturel de Montréal, Weintraub écrit :
« Dans les années 1940 et 1950, les meilleurs romans jamais écrits au Canada étaient l’œuvre d’auteurs montréalais. De même, les meilleures nouvelles étaient l’œuvre d’une écrivaine montréalaise, et les meilleurs poèmes provenaient de poètes montréalais... C’est à cette époque que Hugh MacLennan a écrit ses plus grandes œuvres, alors que Mavis Gallant, Brian Moore et Mordecai Richler amorçaient leurs carrières. »

The Apprenticeship of Duddy Kravitz
By Mordecai Richler
C’est aussi grâce à la scène littéraire montréalaise de l’après-guerre que la littérature canadienne s’est attiré le respect à travers le pays et la reconnaissance à l’échelle internationale. La scène poétique montréalaise était extrêmement vivante et diversifiée. Il suffit d’imaginer les A. J. M. Smith, Louis Dudek, P. K. Page et Miriam Waddington discutant tous ensemble et confrontant leurs points de vue, d’imaginer toutes ces voix nouvelles qui s’élevaient, de l’érudit F. R. Scott à l’exubérant Irving Layton, et le jeune Leonard Cohen, buvant leurs paroles. Dudek se souviendrait plus tard que Montréal avait joué un rôle essentiel dans le « balayage de la poussière et des toiles d’araignées de l’époque victorienne », faisant ainsi basculer la poésie canadienne dans le XXème siècle.

Two Solitudes
by Hugh MacLennan
Dans le domaine de la fiction, le roman Deux solitudes de Hugh MacLennan, paru en 1945 et portant sur les tensions linguistiques au Québec, fut un succès populaire immédiat. Un an plus tôt, le roman Earth and High Heaven de Gwethlyn Graham, qui portait sur l’anti-sémitisme au Canada, avait été le premier roman canadien à figurer en première position des bestsellers du New York Times. Dans les années 1950, les nouvelles de Gallant apparaissaient régulièrement dans le New Yorker, tandis que Richler et Moore se faisaient connaître en Angleterre et aux États-Unis.
De façon générale, ce fut donc une époque extrêmement féconde. Malheureusement, cette époque tirait à sa fin. Dans les années 1960, la scène poétique se déplaça vers Toronto ; Gallant, Richler et Moore quittèrent Montréal pour aller s’installer respectivement à Paris, à Londres et en Californie du Sud. MacLennan n’écrirait qu’un seul roman après 1969. Quant à Gwethlyn Graham, Earth and High Heaven serait son deuxième et dernier roman, car elle mourut en 1965.
Dans les années 1970, les écrivains anglophones du Québec, qu’ils soient débutants ou établis se sentaient donc très isolés. Pire encore, ils commençaient à se sentir coincés entre deux formes de natinalisme : celui du mouvement séparatiste québécois et celui de la scène littéraire qui se formait à Toronto.
« Toronto était en pleine quête identitaire, et cette identité devait s’exprimer en anglais, se souvient Linda Leith. Il suffit de penser à Survival (Essai sur la littérature canadienne) de Margaret Atwood. Par ailleurs, le Québec cherchait à se définir comme nation, et cela en réaction au Canada anglais. Par conséquent, les écrivains anglophones d’ici se sentaient laissés pour compte. Personne ne voulait de nous, ni d’un côté, ni de l’autre. La littérature anglo-québécoise n’existait pour personne. Pas même pour les écrivains. »

Writing in the Time of Nationalism
by Linda Leith
Pendant ce temps, Linda Leith, qui dépeint les hauts et les bas de la communauté littéraire anglophone du Québec dans son dernier récit autobiographique, Writing in the Time of Nationalism: From Two Solitudes to Blue Metropolis, était devenue une fine observatrice de la situation. Au milieu des années 1980, sa curiosité empreinte de détachement universitaire se transforma en engagement personnel. En 1987, Leith devint membre du conseil d’administration de la Quebec Society for the Promotion of English Literature, un nouvel organisme qui serait bientôt connu sous le nom de QSPELL.
La QSPELL est née en 1985 d’une rencontre entre Simon Dardick, l’éditeur de Véhicule Press, Richard King, co-propriétaire de la librairie Paragraphe, et Sheila Moore, cadre à Alliance-Québec, un groupe controversé de défense des droits des anglophones. Au départ, leur projet était de créer des prix littéraires visant à récompenser des romans, recueils de poésie ou essais écrits par des auteurs anglophones du Québec. « L’idée de départ... C’était une telle évidence », rappelle King dans un récent article intitulé “Remembrance of QSPELL”.
Or si ce projet paraissait mûr aux yeux de King, on peut comprendre que d’autres en doutaient. Après tout, on était au milieu des années 1980, et la scène politique et culturelle était instable au Québec. Avec le Parti Québécois au pouvoir, un deuxième référendum paraissait inévitable, voire imminent. L’exode des anglophones, amorcé dix ans plus tôt, ne semblait pas prêt de s’arrêter. Toutefois, comme l’écrit King, les organisateurs de QSPELL croyaient le moment venu pour les anglophones de « se faire un peu de muscles ».
Pour Dardick, il s’agissait simplement de se montrer fiers des œuvres produites par les écrivains d’ici. Et c’était aussi une question d’équité. « Il existait de nombreux prix littéraires au Québec, mais aucun ne primait des œuvres écrites en anglais », explique Dardick. « De plus, non seulement les écrivains anglophones n’étaient pas récompensés ici, mais ils ne l’étaient pas ailleurs non plus. »

Simon Dardick with poster. Véhicule Press held a city-wide poster contest during the 1974 municipal elections.
The winning poster depicted incumbent Mayor Jean Drapeau.
Photo from The Sunday Express, 1974
À la fin des années 1970, Dardick avait pris la tête de Véhicule Press, après que lui et sa femme, Nancy Marrelli, eurent transformé une petite imprimerie en véritable maison d’édition. Son expérience à titre d’éditeur anglophone au Québec lui démontra l’importance de créer des associations similaires à QSPELL. Lui et d’autres éditeurs anglophones faisaient partie de la « Montreal Publisher’s Roundtable ». « On se rencontrait environ une fois par mois, et l’on invitait des politiciens, des libraires, etc., rappelle Dardick. C’est ainsi qu’est née l’Association of English-Language Publishers of Quebec ou AELAQ (Association des éditeurs de langue anglaise du Québec) ». Entre autres réalisations, l’AELAQ créa la Montreal Review of Books, une revue littéraire voué à la littérature de langue anglaise au Québec.

D’après Dardick, la naissance de l’AELAQ concorda avec celle de plusieurs associations d’écrivains. « Cela reflétait un besoin et une maturité nouvelle au sein de la communauté. Dans le milieu de l’édition anglophone, de même que chez les écrivains anglophones, on commençait à comprendre la nécessité de former des associations. À cette époque, les éditeurs et les écrivains de langue anglaise au Québec n’étaient pas connus à l’échelle nationale. On se sentait québécois, tout en étant différents. D’où la nécessité de fonder une association comme QSPELL. »
La QSPELL bénéficia des énergies et de la créativité d’éminents représentants de la communauté littéraire anglophone. Mentionnons entre autres le poète et éditeur Endre Farkas, ainsi que les éditeurs Dardick et Philip Cercone, des Presses universitaires McGill-Queen’s. La traductrice littéraire de renom Sheila Fischman était aussi une figure importante dans ce milieu, de même que certains libraires à l’esprit communautaire tels que King, ainsi que Judy Mappin, propriétaire de la librairie The Double Hook, vouée exclusivement à la littérature canadienne et qui appuyait beaucoup les écrivains locaux.
Le premier gala des prix QSPELL s’est déroulé à l’hôtel Ritz-Carlton en 1988, et ce fut un grand succès. Pendant des années, cet événement est d’ailleurs demeuré un rendez-vous annuel incontournable. Dardick se souvient qu’au début, les gens se moquaient du fait que c’étaient toujours les mêmes personnes qui gagnaient. « Il est vrai que Véhicule a remporté des prix dans plusieurs catégories au cours des premières années, mais les choses ont changé peu à peu. Car de plus en plus d’écrivains devenaient éligibles. »

Ticket from the first QSPELL Awards Gala, 1988
De fait, en 1993, les écrivains anglophones du Québec avaient compris que l’union fait la force, et ils avaient fondé leur propre association, la Federation of English Writers of Quebec, ou FEWQ. En dépit de son malheureux acronyme, la FEWQ avait l’avantage d’apparaître au bon moment. Le gouvernement libéral du Québec se montrait soudainement réceptif aux appels lancés par des associations telles que l’AELAQ et la FEWQ. Dardick se souvient d’une « rencontre incroyable » avec Liza Frulla, la nouvelle Ministre de la culture à l’esprit très ouvert.
« À cette époque, au Québec, le leitmotiv des francophones était qu’ils voulaient être respectés, et nous ressentions la même chose », explique Dardick. « Nous voulions être respectés nous aussi, et nous devons à Frulla de l’avoir compris. C’est alors que nous avons commencé à recevoir des subventions du gouvernement du Québec. Ce n’était pas grand-chose, mais c’était suffisant pour nous donner le sentiment d’être respectés. »
Cela permit également à la FEWQ de développer ses muscles. Certains disent que la jeune FEWQ a montré la porte avec arrogance à la QSPELL, plus traditionnelle, alors que d’autres affirment que la QSPELL n’était pas ouverte aux idées nouvelles. Chose certaine, ce fut une période de controverses.
« La FEWQ a pris le contrôle, dit Dardick. Ai-je apprécié la façon dont cela s’est passé ? Non. En ai-je gardé du ressentiment ? Oui. Mais je ne crois qu’il soit nécessaire de s’étendre là-dessus. La vieille garde a fait place à nouvelle garde ; ce genre de choses arrive. Mais la transition ne s’est pas faite en douceur. » Guy Rodgers, qui était à la fois président de la FEWQ et de la QSPELL au moment de la fusion, n’est pas d’accord avec l’idée que c’était un « mariage forcé. » « Les deux organismes ont passé des mois à discuter, à transiger et à passer au vote pour essayer de trouver des solutions qui conviendraient à tout le monde, se souvient-il. » « Pour finir, nous avons opté pour un mariage arrangé, qui manquait peut-être d’amour mais qui, des années plus tard, est encore bien solide. »
Leith, qui avait aussi un pied à la QSPELL et l’autre à la FEWQ (elle écrivait désormais des romans) reconnaît que la FEWQ avait elle aussi ses défauts, mais elle persiste à croire que la fusion de la QSPELL et de la FEWQ était une étape nécessaire pour arriver à la QWF en 1998. « Nous avions besoin de parcourir tout ce chemin, dit Leith. Nous avons appris à fonctionner au sein de la QSPELL, mais la QSPELL n’aurait jamais pu devenir la QWF sans passer par la FEWQ. Nous n’avions pas l’énergie ni l’audace nécessaires. Mais il n’y avait pas de raccourci possible pour se rendre à la QWF. La QWF n’aurait jamais pu naître en 1988. »
Tout et encore bien plus : la scène littéraire anglo-montréalaise depuis les années 1980.
Si le boom littéraire des années 1940 et 1950 a prouvé que la littérature anglophone pouvait avoir du succès au Québec, il semble que la leçon n’ait pas été transmise aux générations suivantes. Quand William Weintraub débuta à Montréal dans les années 1950, ni lui ni ses collègues n’avaient le sentiment d’appartenir à une communauté.

William Weintraub.
Photo by Jenna Marie Wakani
« À l’époque, les romanciers anglophones étaient isolés, explique Weintraub. Tout ce qu’on voulait, c’était être publiés. Je suis impressionné par la façon dont les écrivains s’organisent aujourd’hui. Maintenant, il y a des associations telles que la QWF, qui fait beaucoup pour les jeunes écrivains. Elle les guide dans leurs premiers pas, leur donne le sentiment d’appartenir à une communauté. Mais de mon point de vue, tout cela est encore très nouveau et inhabituel. »
Il est vrai qu’aujourd’hui les écrivains jouissent de perspectives plus ouvertes sur le monde et davantage axées vers l’avenir. Selon Lori Schubert, cela ne tient pas uniquement au succès individuel des écrivains : « Bien sûr, la QWF rémunère certains écrivains par le biais de ses programmes de mentorat et ses séries de lectures publiques telles que Writers Out Loud. Et il est vrai que les écrivains peuvent bénéficier des ateliers et des prix littéraires offerts par l’association, et que celle-ci assure la promotion de la littérature anglo-québécoise. Mais lorsque nous avons effectué notre dernier sondage auprès de nos membres, la plupart ont affirmé que ce qu’ils appréciaient le plus, c’était d’appartenir à une communauté. »
La QWF s’est enrichie d’environ 600 membres depuis 10 ans, et elle dispose aujourd’hui d’un budget cinq fois plus élevé qu’au début. « J’ai du mal à dire non, explique Schubert. Quand un projet semble correspondre à notre mandat, qui est de promouvoir la littérature anglophone, d’assurer son existence ici et ailleurs, et de rejoindre de plus en plus de lecteurs et d’écrivains, je suis partante. C’est ainsi que les choses ont fini par prendre de l’ampleur. »

Il ne fait aucun doute que la scène littéraire anglo-québécoise continue de s’élargir et d’évoluer. La maison d’édition Drawn & Quarterly, fondée par Chris Oliveros, se démarque sur la scène internationale avec son catalogue de bandes dessinées et de romans graphiques innovateurs. Les séries de lectures publiques se multiplient et les périodiques culturels tels que Matrix et Maisonneuve abondent, de même les revues internet telles que The Rover, qui offrent des plates-formes essentielles aux jeunes écrivains. Mentionnons également la revue internet Carte blanche, issue d’un atelier d’écriture journalistique donné par le journaliste montréalais Peter Macfarlane en 2004. Au départ, Carte blanche était réservée aux participants de l’atelier, mais l’éditrice Maria Schamis Turner a pressenti que la revue pourrait devenir un outil intéressant pour les écrivains. Cette parution est désormais subventionnée par le Conseil des arts du Canada et par d’importants commanditaires corporatifs. Quelques 600 textes ont été soumis pour le dernier numéro de la revue, désormais ouverte à tous, et l’on y publiait récemment une nouvelle écrite par un auteur indien.
Adrian King-Edwards est propriétaire de la librairie The Word. Depuis des décennies, il encourage les écrivains montréalais en organisant des lectures et des lancements, et en allouant une section de sa librairie aux poètes de Montréal
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Adrian King-Edward at The Word Bookstore
Le poète Carmine Starnino a lui aussi constaté un changement d’atmosphère au cours des dix dernières années. Starnino dirige chez Véhicule Press une collection de poésie intitulée Signal Editions. Il se souvient qu’au début des années 1990, alors qu’il amorçait sa carrière, les poètes qu’il admirait ici, des poètes accomplis tels que Michael Harris et David Solway, avaient tendance à se considérer comme doublement exilés. Ils se sentaient invisibles au Québec. Et parce qu’ils vivaient au Québec, ils se sentaient invisibles aux yeux du reste du pays.
« Mais les choses ont commencé à changer en 2000. Il est devenu évident que le reste du pays s’intéressait aux poètes anglophones du Québec. Pour Jason Camlot, Asa Boxer, Anita Leahy, Susan Gillis, Stephanie Bolster, Jon Paul Fiorentino, David McGimpsey et d’autres, la question du double exil n’était plus pertinente. Ce fut un grand changement », précise Starnino.
En fait, le sentiment d’isolement que les écrivains de langue anglaise avaient un jour connu au Québec s’est transformé en son contraire. Montréal, en particulier, est devenue une sorte de terre d’accueil pour les aspirants écrivains. Au milieu des années 1990, le romancier Ian McGillis a quitté Edmonton pour venir s’installer à Montréal avec sa femme, Padma Viswanathan, alors qu’ils travaillaient tous deux à leurs premiers romans.
« Nous cherchions l’aventure. Nous ne voulions pas aller à Toronto, car nous voulions vivre une expérience aussi peu canadienne que possible. Et Montréal, c’était ça. Il faut dire aussi que vivre ici coûtait deux fois moins cher qu’à Toronto. Je crois que c’est une évidence quand on parle de la scène artistique montréalaise. C’est une ville abordable et où il fait bon vivre, en plein le genre d’endroit où se retrouvent des écrivains.
« Aussi, quand Yann Martel a fait fureur en 2002 avec son roman Life of Pi et qu’il s’est fait connaître comme écrivain montréalais, cela signifiait que quelqu’un de Podunk, au Manitoba, pouvait lire un article sur lui et réaliser que Montréal était un bon endroit où aller pour devenir écrivain. »
McGillis, qui a co-dirigé la Montreal Review of Books de 1999 à 2008, note également qu’au début, on trouvait à peine assez de titres pour remplir les rubriques de la MRB, mais qu’à la fin, ce n’était plus un problème. Au contraire, le plus difficile était de décider combien de livres pourraient se mériter une critique complète.

mRb cover, fall 2010
Le département de création littéraire de l’université Concordia a aussi attiré beaucoup de jeunes écrivains anglophones au Québec. « Cela a eu un impact très positif sur la scène littéraire », déclare Jon Paul Fiorentino, poète, professeur de création littéraire à Concordia et éditeur de Matrix. « De nombreux écrivains de talent ont suivi ce programme et se sont installés en permanence à Montréal. Je rencontre beaucoup de mes anciens étudiants lors des nombreux événements littéraires et lectures publiques qui ont lieu toute l’année. »

Ian Ferrier

Catherine Kidd
Au milieu des années 1990, en effet, Montréal a connu une véritable éclosion de cabarets littéraires. Des événements tels que Vox Hunt et YAWP se disputaient les meilleurs représentants du spoken word et de la performance littéraire, engendrant ainsi toute une génération d’artistes du spoken word. Catherine Kidd, Alexis O’Hara et Corey Frost faisaient partie de ces écrivains/performeurs dont les œuvres apparaissaient autant, sinon plus, sur scène que sur papier. Ian Ferrier et Fortner Anderson eurent l’idée de diffuser de la poésie sur les ondes de CKUT. Ce projet leur valut un prix de la compagnie Standard Broadcasting, après quoi ils fondèrent l’étiquette de disques Wired on Words, consacrée au spoken word.

YAWP literary showcase poster, 1997
« Aujourd’hui, tous ces écrivains/performeurs présentent leur travail à travers le monde, explique Ian Ferrier. Et ici, le Festival Voix d’Amériques et le Mile End Poets’ Festival disposent de toute une gamme de performeurs littéraires, tels le poète sonore Kaie Kellough, qui joue admirablement avec le langage, ou le groupe de compétition poétique Montreal’s Throw Collective. Au début de l’année 2011, nous avons lancé le premier numéro de LITLIVE.CA, une revue internet canadienne vouée à cette forme d’art particulière que les poètes de Montréal ont contribué à faire connaître. »
Stephanie Bolster, professeur d’anglais et de création littéraire à Concordia, annonce tous les jours sur le web les différents événements littéraires qui ont lieu à Montréal, ce qui témoigne du taux élevé d’activité littéraire dans notre ville.
Chose certaine, nous ne manquons pas ici d’écrivains talentueux, voire reconnus. Outre Martel, Hage et Skibsrud, mentionnons Colin McAdam, dont le roman Fall a été finaliste pour le prix Giller 2009 ; Kathleen Winter, dont le roman Annabel a été finaliste pour le prix Giller 2010 ainsi qu’aux prix du Gouverneur-Général et aux prix Rogers Writers’ Trust pour la même année ; Neil Smith, dont le premier recueil de nouvelles, Bang Crunch, a été sélectionné pour la New Face of Fiction Series 2007 de Knopf Canada ; et enfin, Clare Holden Rothman, dont le roman historique The Heart Specialist a connu un grand succès critique et populaire.

Neil Smith

The Heart Specialist,
by Claire Holden Rothman
Il n’y a pas qu’à Montréal que la scène littéraire anglo-québécoise connaît une telle vitalité. L’écrivaine Louise Penny, trois fois lauréate du prix Agatha, vit dans les Cantons de l’Est. C’est là qu’elle situe ses romans policiers, de même qu’à Québec, ou vit et travaille l’écrivain Neil Bissoondath. L’auteur Phil Jenkins vit à Chelsea, près d’Ottawa, et la nouvelliste Judith Cowan est établie à Trois-Rivières depuis 1973.
Depuis quelque temps, la communauté littéraire anglo-montréalaise est réputée pour être particulièrement active, que ce soit pas le biais d’événements locaux telsqu’Expozine, une foire annuelle consacrée aux petites maisons d’édition, à la bande dessinée et aux zines de tout acabit, ou d’événements de plus grande ampleur, tels le Festival Bleu Métropolis, qui, depuis 1999, se déroule chaque année au mois d’avril. Pour Linda Leith, fondatrice de Bleu Métropolis, ce festival, qui est devenu une importante manifestation multilingue et multiculturelle, était la suite logique, sinon nécessaire, des recherches universitaires qu’elle menait dans les années 1980. C’était là pour elle une autre manière de montrer que les écrivains de langue anglaise au Québec méritaient qu’on s’intéresse à eux.

« Il y a vingt-cinq ans, peu de gens auraient pu prédire la renaissance à laquelle nous assistons aujourd’hui, dit Leith. Il y a vingt-cinq ans, les écrivains anglophones du Québec étaient, d’une certaine manière, les écrivains les plus désavantagés au Canada. Personne ne s’intéressait à ce que nous faisions. Mais je crois que, dans un sens, c’est ce qui nous menés où nous en sommes ; le sentiment que personne d’autre que nous-mêmes ne pouvait nous prendre en main. Nous sommes aujourd’hui dans une bien meilleure position qu’à l’époque. Nous avons la QWF, nous avons des éditeurs qui n’existaient pas il y a seulement dix ans. Nous avons des vedettes littéraires ; nous avons une communauté littéraire en pleine expansion, et nous avons même nos dissidents. Nous avons tout et encore bien plus. »
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MIEUX CONNAITRE DES ARTISTES
10 Livres à Explorer
Romans
Lullabies for Little Criminals (2006) de Heather O’Neill Dans ce premier roman émouvant, O’Neill met en scène une héroïne de douze ans surnommée Baby, qui tente de survivre par elle-même dans la grande ville. Sous sa plume, les petites rues sordides du centre-ville prennent un caractère troublant.
Distantly Related to Freud (2008) de Ann Charney Campée dans le Montréal des années 1950 et 1960, cette histoire est celle d’une jeune immigrée qui tente de faire son chemin dans un monde nouveau. Le plaisir que l’on prend à lire ce roman d’apprentissage tient au fait qu’on y redécouvre Montréal par les yeux de la charmante héroïne de Charney.
The Heart Specialist (2009) de Claire Holden Rothman Dans ce roman historique convaincant, Holden Rothman jette un regard révélateur sur les idées et les comportements sociaux qui prévalaient au début du XXème siècle. Par le biais de son personnage principal, le Dr. Maude Abbott, elle nous fait aussi découvrir une véritable héroïne féministe de Montréal.
Because I Have Loved and Hidden It (2009) d’Elise Moser Ce premier roman d’Elise Moser met en scène un enchevêtrement de relations amoureuses sur fond de passion et de désir. Moser tire admirablement parti du paysage montréalais, qu’elle n’utilise pas seulement comme toile de fond pour ses personnages, mais comme un personnage en soi.
The Apprenticeship of Duddy Kravitz (1959) de Mordecai Richler Dans ce roman à succès qui porte sur une génération de « fonceurs », Richler dépeint les aventures d’une communauté d’immigrants vivant à l’intérieur de quelques pâtés de maisons. L’auteur connaissait bien ses personnages, car après tout, il était l’un d’eux.
The Favourite Game (1963) de Leonard Cohen Dans ce premier roman autobiographique, Cohen a su mettre en valeur un aspect essentiel de Montréal, que la plupart des écrivains avant lui avaient négligé : Montréal est une ville sexy.
Essais
City Unique: Montreal Days and Nights in the 1940s and 1950s de William Weintraub L’affection que Weintraub voue à la ville de son enfance, ainsi que son regard aiguisé de journaliste transparaissent dans chacune des anecdotes racontées ici. Ce livre réjouissant nous ramène à l’époque où Montréal était la seule ville excitante au pays.
Storied Streets: Montreal in the Literary Imagination de Bryan Demchinsky et Elaine Kalman Naves. Ce livre de facture élégante et au design raffiné retrace l’évolution de Montréal en la présentant sous deux aspects : d’une part, la ville concrète, faite de brique et de pierre, et l’autre, née de l’imagination des auteurs qui l’ont dépeinte dans leurs œuvres.
Poésie
The Woman Downstairs (1993) de Julie Bruck Ce vibrant recueil de poésie fait penser à une ville reproduite en miniature. Bruck sait montrer l’importance des petites choses et des moments en apparence anodins. Ce livre foisonne de personnages excentriques typiquement montréalais.
This Way Out (2009) de Carmine Starnino Dans ce recueil de poésie intelligent et sensible, Starnino dépeint Montréal, ville où il a grandi et où il vit toujours, à la manière d’un étranger, d’un explorateur. Tout au long du parcours, il s’intéresse à la notion complexe du « chez soi ».
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Table Of Contents
Introduction
De l’âge d’or au creux de la vague
Tout et encore bien plus
MIEUX CONNAITRE DES ARTISTES
The mRb is currently edited by Aparna Sanyal and Mélanie Grondin.
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The Quebec Writers' Federation (QWF) is playing an increasingly prominent role in the life of the Quebec English-language literary community as an arts presenter and professional and community educator, as well as the representative of Quebec's English-language writers. The diversity of its activities reflects the diversity of its membership. Along with professional and emerging writers, the QWF includes those who have a personal interest in writing and many who have joined because they are interested in high quality literary events, activities and programs. All of these constituents are linked by the QWF vision that works toward ensuring a lasting place for English literature and its practitioners on the Quebec cultural scene. www.qwf.org
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