Quand on parle de la culture québécoise, cela comprend-il les Anglos ?

Un silence gênant a envahi la pièce. À quelle époque étions-nous ? Dans les 1980 incendiaires ? Ou au milieu des années 1990, qui ont mené aux meurtrissures du deuxième référendum ? En fait, cela se passait la semaine dernière, lors d’une conférence.

Je ne sais pas pourquoi l’homme assis à côté de moi a cru bon de lancer l’atelier en posant cette question à la vingtaine de personnes qui, sans méfiance, s’étaient rassemblées autour de la table. Ceux qui avaient l’âge de se souvenir d’Expo 67 ont réagi comme si une question aussi provocante nécessitait un préavis et une séance de médiation professionnelle, et ceux qui étaient trop jeunes pour avoir voté au référendum de 1995 ont paru surpris que cette question puisse même être posée, et surtout, qu’elle ait encore le pouvoir de choquer. Cela nous a rappelé à quel point le Québec avait changé au cours des dernières décennies. Le reste de cette conférence sur la diversité a porté sur des sujets tels que l’inclusion, le dialogue ouvert et l’autonomisation des jeunes.

Cet incident me rappelait aussi le sentiment d’amertume qu’avait engendré l’un des premiers projets d’ELAN: RAEV (Recognizing Artists : Enfin Visibles !). Le projet RAEV fut important pour les membres d’ELAN, au tout début, quand nous devions constamment expliquer que les langues ne s’excluent pas mutuellement (ni ne sont intrinsèquement hostiles les unes aux autres), et qu’il est tout à fait possible d’utiliser le français comme langue publique et l’anglais comme langage créatif, d’adopter les deux en étant fiers d’être québécois. Ou encore, qu’il n’est pas normal que des gens de minorité visible, dont les familles ont contribué à bâtir le Québec depuis des générations, voire des siècles, soient perçus d’emblée comme étant d’arrivée récente.

Ce genre de conversations continue d’avoir lieu aujourd’hui, mais en 2017, elles se déroulent de manière différente, et sous des formes nouvelles. C’est pourquoi nous sommes en train d’archiver le site web de RAEV. Je vous invite à prendre quelques minutes pour revoir les vidéos, les textes et les profils d’artistes créés en 2011, et à réfléchir à la façon dont les choses continuent d’évoluer en 2017.

Guy Rodgers

Directeur exécutif