Il y avait longtemps qu’une loi n’avait autant divisé le Québec que le projet de Loi 21. Ce qui sépare les partisans de la loi et ses opposants est une affaire de vulnérabilité personnelle. Compte tenu du lien direct qui existe entre le sentiment de vulnérabilité et le statut de minorité au sein de la société québécoise, il n’est pas surprenant que de nombreux membres d’ELAN se sentent mal à l’aise en ce qui concerne le projet de loi 21 et la façon dont il a été adopté.

Quand j’étais enfant, mes parents recouraient à une méthode très simple pour nous enseigner la notion d’équité. L’un des enfants devait couper le dessert en portions égales. Ensuite, les autres enfants choisissaient leurs parts en premier, et le découpeur en dernier. C’était là une véritable leçon de démocratie pratique.

Au sein d’une démocratie, on peut recourir au vote à la majorité pour prendre des décisions qui concernent de manière égale tous les citoyens. Mais les problèmes qui n’affectent pas tous les citoyens de la même manière nécessitent une approche plus équilibrée et plus prévoyante. Si la liberté d’une minorité peut être restreinte aujourd’hui, une autre minorité en souffrira demain. Un jour, à certains égards, nous serons tous en situation de minorité, et ce jour-là, il sera terriblement facile de comprendre pourquoi les personnes qui coupent le gâteau ne devraient pas avoir le monopole de décider qui a droit aux plus grosses parts.

Heureusement, nous vivons dans une société où même les questions litigieuses peuvent être débattues dans le respect, car nous pouvons tous, de manière très réelle, nous identifier comme faisant partie d’une minorité vulnérable. Je vous souhaite à tous un magnifique été.

 

Guy Rodgers

Directeur exécutif